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L'histoire qui suit est celle d'une rencontre désastreuse avec la psychanalyse, qui a complètement gâché les premières années de mon âge adulte.
J'avais à peu près 30 ans lorsque je me suis trouvé dans un épouvantable état de détresse. C'est surtout la paralysie de ma volonté, plutôt que la souffrance elle-même qui m'amena à déduire, en me servant de ma tête, que j'avais besoin d'une aide d'une nature différente du soutien de mes amis. Une relation bien informée me suggéra de consulter D. W. Winnicott, sans me dire qu'il était l'un des psychanalystes britanniques les plus éminents.
Je ne crois pas que le fait de vivre grâce à un faux-self, ce qui était la cause de cet horrible gâchis, soit un fait si rare. C'est un état difficile à identifier dans la mesure où il est dissimulé, tant à l'extérieur qu'au sujet lui-même, avec une impitoyable ingéniosité. Il ne figure pas au catalogue des symptômes névrotiques tels que l'hystérie, l'obsession, les phobies, la dépression ou l'impuissance, et il n'est pas non plus incompatible avec la réussite sociale ou l'établissement de relations d'amitié profondes et durables. Pris séparément, les éléments d'un faux-self ne sont pas en eux-mêmes artificiels.
Que signifie le fait de vivre dans un état de dissociation ? Au vrai sens du terme, le sujet n'est jamais totalement présent physiquement, mais traverse le monde dans une sorte de rêve éveillé. Sa conduite est sous pilotage automatique. Ses réactions ne sont jamais directes ni spontanées. Chaque événement est représenté selon sa mise en scène dans le théâtre interne. D'un côté, le sujet peut se montrer d'une insensibilité déconcertante, mais cela va de pair avec une vulnérabilité extrême, car l'ensemble du système ne peut fonctionner que dans le cadre de réponses familières et sûres. Il ou elle reste sans défense