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« L'enfant commence son existence en étant déjà approprié par l'autre, il doit à son tour s'approprier les autres, mais toujours au nom d'une instance tierce : l'origine, la loi, les ancêtres… »
Que peut-il advenir d'une personne ayant évolué durant toute son enfance dans un climat familial composé de femmes en noir et de parents dépressifs et traumatisés ? Que peut-il advenir psychiquement de cette même personne lorsque à l'âge adulte, elle fonde un foyer où le quotidien est jonché de traumatismes cumulatifs, lesquels peuvent parfois détruire la base même du sentiment d'identité ?
Ainsi se présente Yasmine. À la névrose infantile, aux traumatismes transgénérationnels vient se greffer à l'âge adulte un choix névrotique du partenaire de vie, la plongeant encore une fois dans une situation traumatogène.
Yasmine, qui dans son choix d'un conjoint, recherchait un homme croyant et pratiquant mais non conformiste (pour fuir le dogmatisme religieux familial), se trouve prise dans les mailles du filet d'un partenaire paradoxal : porté sur la religion certes mais moralement sadique et pervers.
Le XXe siècle fut le théâtre de nombreux génocides dont le génocide arménien. Quelques membres de la famille de Yasmine périssent, massacrés durant ce carnage. Ses parents échappent à la mort. Ils se réfugient comme beaucoup d'Arméniens au Liban. Les tantes en noir portent toujours le deuil des disparus et du pays. Comme l'écrit J. Améry1 : « Il n'y a pas de nouveau “pays natal“. » Le pays natal est le territoire de l'enfance et de la jeunesse. « Qui l'a perdu, reste un être perdu. » Deuil impossible pour tous : « L'on vivait littéralement