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Ce numéro interroge, avec une remarquable ouverture d'esprit dénuée de préconception dogmatique, la fonction économique fort variable attribuable aux états hypocondriaques, selon l'infinie diversité de leurs formes cliniques. En effet, la plupart des auteurs soulignent l'aspect ubiquitaire, métapsychologiquement incertain et nosologiquement inclassable de l'hypocondrie : tantôt transitoire et associée à d'autres modalités de fonctionnement psychique, tantôt prévalente et durablement fixée sans évoluer, tantôt encore voie de passage vers des pathologiques psychotiques voire vers une éclosion de la maladie redoutée, elle défie la théorie psychanalytique tout comme le savoir médical.
Pour la première fois dans cette revue, on trouve à la fin de l'argument une bibliographique qui regroupe les travaux antérieurs sur cette difficile question, dont en particulier ceux de M. Aisenstein et A. Gibeault envisageant l'hypocondrie comme « travail » ou « solution », souvent évoqués et discutés dans les articles de ce recueil. Pour la clarté de l'exposé, j'ai choisi de regrouper ceux-ci selon trois rubriques principales.
1) Les formes durables et invalidantes de l'hypocondrie, telles qu'on peut les rencontrer, non pas dans le cabinet du psychanalyste mais à l'hôpital général ou dans les services de psychiatrie.
Bernard Brusset nous en offre une étude magistrale, très touffue et approfondie sur le plan théorique, centrée sur les rapports entre le surinvestissement des sensations corporelles devenues objet exclusif d'intérêt et le désinvestissement parallèle des représentations. Il défend l'idée de l'existence d'une organisation spécifique, proche de la paranoïa car fondée sur la même modalité de projection, celle par laquelle revient dans la perception ce qui est aboli dans le mode interne, à ceci près que la projection est ici « intracorporelle », c'est-à-dire localisée sur une partie du corps préalablement clivée. L'organe hypocondriaque est donc doté d'un statut hautement paradoxal