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Une petite scène servira de prologue à mon propos. Elle est tirée du film La chambre du fils de N. Moretti. Le fils s'est noyé dans un accident de plongée et son père, psychanalyste de métier, se fait d'amers reproches. On le voit, ce père blessé, à la cuisine ; il rage contre les objets abîmés qui l'entourent. Il lance une théière ébréchée et sommairement réparée, il est hors de lui : il fait face à l'irréparable — la mort de son fils —, et rien n'est intact autour de lui.
C'est en travaillant cette question de l'irréparable, à la suite des riches contributions de Janin et Beetschen , que je souhaiterais poursuivre l'exploration des sources premières des sentiments de honte et de culpabilité. Je voudrais en particulier mettre en relief la manière avec laquelle ils traduisent une position du moi face à l'irréparable. Avec nos patients, les origines ne nous parviennent que transformées sous l'influence du développement ultérieur, mais notre travail aura à déplier ces figures de l'irréparable pour y cerner le renversement autodestructeur qui substitue l'idéalisation de l'objet à son impossible réparation1.
La honte et la culpabilité sont des états du moi ; plus précisément ce sont des dérivés des rapports que le moi entretient avec l'idéal2. Ces rapports