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La façon dont a surgi la question de la mélancolie au cours des débats sur la honte et la culpabilité m'incite à proposer un point de vue en forme de mise au point. Celle-ci concerne l'usage, voire le mésusage du terme de « mélancolie ». En bonne logique, plus un concept gagne en extension, plus il restreint sa compréhension. La question se pose donc de savoir si tel est, ou non, le cas, et dans quelle mesure, pour le terme de « mélancolie ».
Depuis quelques années en effet, certaines désignations de séméiologie clinique ont acquis, par extension de leur usage, un statut de concept métapsychologique. L'ambition, à mon sens, de cette extension diffère cependant selon le concept envisagé. Ainsi, la notion de traumatisme, si présente chez Freud, déborde largement, dans l'usage quasi vernaculaire qu'elle supporte, les sens précis utilisés par Freud, et tend à devenir une notion étiologique banale, et quelque peu affadie, significative des dysharmonies des relations intersubjectives. En dépit de cet inconvénient pourtant sérieux, le terme conserve son implicite, tant économique (de débordement et d'effraction des pare excitations) que narcissique (signifiant la blessure narcissique et les modalités défensives qu'elle induit). Toutes choses égales d'ailleurs, on a souvent souligné l'extension abusive du terme de « stress », usité le plus fréquemment en lieu et place d' « angoisse », oblitérant le rôle du processus interne qui déclenche celle-ci.
Je voudrais surtout insister sur l'usage extensif actuel du terme de « mélancolie ». Cette extension présente sans doute l'avantage de condenser ainsi le rôle de l'identification narcissique par rapport à l'investissement libidinal d'objet, ses effets dans les processus liés à la perte d'objet, et le travail processuel, distinct du « travail de deuil » qui y est à l'œuvre. Le qualificatif
Rev. franç. Psychanal., 5/2003