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« La création et le péché originel ne sont que deux aspects, différents pour nous, d'un acte unique d'abdication de Dieu. »
L'artiste ou l'historien de l'art qui, lui aussi, vit, travaille, pense avec les images est, nous le rappelait Aby Warburg, un « sismographe » ; il n'est pas le simple descripteur des mouvements visibles qui surviennent ici et là ; il est, surtout, « l'inscripteur et le transmetteur des mouvements invisibles qui survivent, qui s'entraînent sous notre sol, qui se creusent, qui attendent le moment — pour nous inattendu — de se manifester soudain »1. Mais si ce sismographe est « trop sensible, il se met à inscrire à tout va, ondes sur ondes, tout à fois, ondes lointaines sur ondes récentes, à la fin il entrelace, chaotiquement, les survivances superposées de chaque fantôme. Puis, il se brise »2.
Le sismographe, on pourrait dire, anachronise, déplace le temps et les limites du moi et du non-moi. On ne décide pas d'être un sismographe : ni Warburg, avec la relation entre ses études sur le dieu fluvial et sa propre manie, ni Nietzsche, avec ses noms dans l'histoire, ne l'ont vraiment choisi. On peut seulement être appelé par ces ondes qui nous rejoignent, ces ondes anachroniques qui, pour Fédida, représentaient la dimension stratifiée de la temporalité dans l'analyse. L'artiste-sismographe se place ainsi entre l'actuel et le passé, entre ce qui est visible et qui est sous le sol, ce que nous cherchons à penser et ce qui demande à être pensé. C'est pour ça que l'art produit de