You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Il n'aura échappé à personne, au cours de ce Congrès, que le traitement de la honte et de la culpabilité n'a pu faire l'économie d'un zeste d'humour comme si, par le recours réitéré à ce phénomène volatile dont Freud était d'ailleurs un fervent pratiquant, il avait fallu se prémunir de leur attraction pesante, de leur nature pétrifiante, voire contagieuse. Aussi peut-on se demander si, au-delà de son indéniable vertu sédative, il ne s'agissait pas de l'aveu intuitif, répété et méconnu, de quelque alchimie unissant ces affects « négatifs » à ce don rare et précieux dont l'enfant de Freiberg fut l'heureux héritier.
On se souvient en effet que dans cette Vienne fin de siècle, fraîchement dotée d'un bourgmestre antisémite, un honorable médecin désargenté et père de famille nombreuse, profondément endeuillé par « la perte la plus déchirante d'une vie d'homme » — celle de son vieux juif de père dont le souvenir de l'humiliation est encore cuisant dans l'esprit du fils — entreprenait alors de collectionner les Witze, ceux qui l'ont fait le plus rire au cours de son existence, afin de se constituer une anthologie à usage personnel.
Une collecte pour le moins incongrue, s'effectuant sur fond de douleur, de honte et de culpabilité, qu'il finira d'ailleurs par « avouer » à son seul véritable ami d'alors, un médecin berlinois, juif comme lui, qui ne manquera pas de lui demander des explications dont Le mot d'esprit et sa relation à l'inconscient constitue la réponse. Mais une manière aussi, pour ce fils des humiliés et des offensés, à travers ce trait identificatoire, de recueillir et s'approprier la parole paternelle et de s'inscrire dans la filiation, revendiquant alors, fièrement son identité (Kamieniak, 2000).
À cette même époque, dans la Vienne début de siècle cette fois, un très jeune et brillant philosophe honteux de ses origines, que son meilleur ami