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La honte est à la mode. Comment une question peut-elle ainsi quitter les lieux réservés, venant même occuper les places publiques, pour apparaître comme un thème de réflexion partagé qui traverse aujourd'hui aussi bien le champ psychanalytique que les champs sociologique, philosophique et littéraire ? Claude Janin propose sur ce point des interprétations que ces journées de colloque contribueront à éclairer. Et on saisit tout l'intérêt qu'il y a à engager la réflexion sur la honte du côté du travail de culture, véritable fil rouge du rapport et aussi, du moins ce fut mon impression à sa lecture, passion du rapporteur, en tout cas enjeu essentiel de cette tentative de métapsychologie de la honte.
Mais ce n'est pas le seul aspect de ce qui nous est présenté. Il y a aussi la question de la honte comme expérience fondamentale de l'être humain. Claude Janin a évoqué Conrad, pour Lord Jim, le roman sur la honte, référence obligée depuis le travail de Jean-Luc Donnet, et Leiris, pour L'âge d'homme, son autobiographie, « périlleuse » parce qu'il s'agit, au fond, d'aller au-delà de la honte. Leiris s'était lui-même reconnu dans Lord Jim et dans des circonstances que l'on peut rappeler. En 1932, du fin fond de l'Afrique où il s'est aventuré, Leiris le raconte dans une lettre : « Relis Lord Jim et pense à moi. La seule chose dont je serai reconnaissant au Dr Borel, ce n'est nullement d'une cure analytique — pauvre chose, comme toutes les choses médicales et toutes les choses pratiques — mais d'avoir compris que c'était le livre qu'il me fallait, ce personnage qu'il me fallait jouer. »1