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On ne peut pas étudier la honte sans se sentir légèrement honteux. C'est un affect qui nous affecte, car il se réfère au plus intime de la condition subjective que partagent les êtres humains, à la propre vulnérabilité et la propre inévitable dépendance des autres et des contextes. Il comporte un tacite questionnement sur l' « humain et ses inconsistances » (J. Moreno).
Percevoir sa propre honte est un moment de dilemme, un passage par l'ambiguïté, par des « retournements » qui cherchent à se transformer en une ambivalence qu'on voudrait résoudre ou refouler ! Son apparition signale un trouble au niveau de la continuité et de la cohérence du sentiment du soi.
Tout comme l'identité , la honte a deux références dynamiques dans l'activité du Moi. L'une est plus temporelle, par rapport aux processus d'intégration intrapsychique, l'autre est plus spatiale, contextuelle, en référence au lien de dépendance du cadre externe actuel et concret où se déposent et restent fixes les aspects plus ambigus et indifférenciés du soi. Si la première est un mouvement de création et de transformation du Moi, la dernière est un mouvement de contrôle et d'immobilisation des parties indifférenciées de soi et de la réalité externe (appartenances concrètes). Ainsi la continuité active basée sur les identifications et leur intégration coexiste toujours chez chacun avec un autre aspect de la personnalité plus conformiste, plus opportuniste, plus mimétique, plus malléable, qui doit être déposée et contenue dans une réalité concrète et stable qui confère sécurité, qui « va de soi » et devient « familière » pour le sujet (Amati-Sas, 1992, 1999).
Un « principe d'identité » (Lichtenstein, 1963) et un « principe d'incertitude » (Puget, 2002) se juxtaposent dans les avatars existentiels subjectifs que la honte signale et propose.