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Cette formule empruntée à G. Keller que Freud cite vers la fin du paragraphe de L'interprétation du rêve intitulé « Rêve d'embarras dû à la nudité » réunit les deux références essentielles de l'univers honteux : le dévoilement de la nudité et la souillure. Ou, en d'autres termes, les atteintes à la pudeur et à l'honneur. La citation se poursuit avec l'évocation d'un rêve fréquent chez celui qui, comme Ulysse, exilé loin de sa patrie, rêve dans son sommeil du retour chez lui. Mais le rêve tourne au cauchemar : « Alors vous découvrez soudain que vous errez en guenilles, nu et couvert de poussière. Une honte et une angoisse sans nom vous saisissent, vous cherchez à vous couvrir, à vous cacher et vous vous éveillez baigné de sueur. » Honte, mise à nu et souillure sont ici étroitement associées à une menace qui n'est pas précisément d'exclusion mais plutôt de déchéance. C'est à l'instant où il rêve de réintégrer sa communauté que l'homme « cauchemarde » qu'il s'y trouve destitué au rang de « déchet ». (Souvenons-nous qu'Ulysse, lorsqu'il débarque à Ithaque, n'est reconnu que par son chien.)
Cette même articulation : honte, mise à nu, souillure, déchéance, constitue le fil conducteur de la fameuse note de Malaise dans la culture2. La honte est d'abord envisagée par Freud comme contemporaine de cet « acte de naissance » de l'être humain que réalise l'adoption de la position verticale. Et ses conséquences : la visibilité des organes génitaux, le « passage à l'arrière-plan des stimuli olfactifs intermittents au profit des stimuli visuels permanents ». La honte intervient ici comme dispositif assurant une régulation de cette sexualité devenue permanente en imposant un voilement