You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Dans la tragédie de Sophocle, Créon dit à Œdipe : « Je ne viens point pour te tourner en dérision, Oidipous, ni pour te reprocher rien de tes premiers crimes. Mais si nous ne respectons pas la race des hommes, respectons au moins la flamme de Hélios, nourricière de toutes choses, en ne révélant pas ouvertement une telle souillure que ne peuvent supporter ni la terre, ni la pluie sacrée, ni la lumière elle-même. Conduisez-le promptement dans la demeure. Il est bon et équitable, seulement pour des conjoints de la même ligne, d'entendre et de voir les maux de leurs conjoints (). »
La honte se nourrit de l'ombre et du silence : Aidos, la déesse grecque de la pudeur, est fille de la nuit.
Dans la condition de honte, il advient toujours une restitution au Moi conscient de quelque chose qu'il aurait préféré éviter et ne pas reconnaître comme lui étant pertinent. La honte pour le Moi, aussi bien en raison de ses qualités affectives qu'en raison des contenus qui la constituent, renferme toujours les caractéristiques d'un douloureux traumatisme. Voilà pourquoi nous nous sommes demandé si elle n'est pas en fait également la signification après coup d'une condition traumatique précédente. Où, selon nous, la matrice du trauma qui l'engendre serait la perception de la perte de la condition d'indifférenciation avec la mère : la douloureuse, intolérable, perception d'un « Moi » exclusivement propre, inerme et exposé car désormais privé de protection.
Dans L'interprétation des rêves, lorsqu'il parle des rêves typiques, Freud (1899) décrit le « rêve de la gêne ressentie devant sa propre nudité » comme caractérisé par le sentiment de honte et par une envie pressante de fuir et de se cacher mais sans pouvoir le faire. Dans ce rêve, « les personnes devant lesquelles on éprouve de la honte sont presque toujours des étrangers dont la