You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
« J'ai honte, j'essaie d' “épurer” mes dettes passées, je n'y arrive pas… » Les mots de cette patiente venaient tout à coup lier honte et culpabilité, au sens que nous propose André Beetschen, quand il souligne le rapport en allemand entre Schuld, la culpabilité, et die Schulden, les dettes, les lier par un travail d'épuration où l'analité était d'emblée convoquée avec l'idée de traitement, de transformation, puisque « épurer », aufbereiten, en allemand, signifie aussi « traiter », et nous verrons combien la langue allemande a son importance chez cette patiente.
Ainsi, ces mots prenaient le sens d'aveux, particulièrement de l'aveu d'un affect jamais évoqué, celui de la honte et d'un débordement pulsionnel chez cette femme désavouée tout au long de sa vie et dont l'existence même avait fini par être déniée par ses proches. Seul le délire lui avait permis de sauvegarder des liens — des liens de haine, bien sûr.
Cet aveu venait témoigner d'un changement topique et économique après plusieurs années d'entretiens à visée psychothérapique espacés dans le temps et à l'occasion d'un événement inattendu et imprévu qui avait surgi dans sa vie. L'envahissement délirant cédait la place à la honte, capable alors de lier, avec moins de risque d'effondrement du moi, à la faveur du transfert, les représentations passées, secrètes et déniées partagées par trois générations de femmes. En acceptant la levée du secret familial, elle permettait à la honte de se frayer la voie de la conscience, renouant avec un passé clivé et s'autorisant ainsi à vivre sans avoir besoin de recourir à un système délirant persécutoire pour survivre.
Mon propos, à travers cette illustration clinique, sera d'étudier les rapports entre la honte et le fonctionnement psychotique que Claude Janin a évoqué