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L'enfant joue, l'adulte pense. Le second geste, en vivacité, n'est sans doute qu'une pâle copie de l'autre. Mais copie tout de même. Il y a une fonction commune. Sous l'angle de cette fonction seule, il y a même équivalence : le jeu est pensée, la pensée est jeu. L'enfant et l'adulte se rejoignent.
La fonction en question est aujourd'hui bien connue : symboliser un vécu, le donner à voir ou à entendre, que ce soit avec des dessins ou avec des mots. La pensée « joue » un vécu, et tout aussi bien, le jeu « pense » une expérience.
Bien connue, cette fonction nous l'est entre autres depuis Winnicott, lequel voyait en effet dans le jeu une expression symbolique d'un vécu affectif. Elle nous l'est également depuis Bion, lequel non plus n'hésitait pas à voir, dans toute pensée cette fois, la « transformation » d'une expérience émotionnelle, en bon empiriste qu'il était. Mais de même que Whitehead disait que toute l'histoire de la philosophie pourrait être comprise comme notes en bas de page à Platon, de même peut-on voir celle de la psychanalyse, ou en l'occurrence, les développements winnicottiens et bionniens sur le jeu et sur la pensée, comme notes en bas de page à Freud. Le jeu, c'est évidemment de cela qu'il est question chez Freud avec le Fort-Da, « jouant » l'absence maternelle, voire « se jouant » d'elle ; la pensée, c'est non moins évidemment de cela qu'il est question par exemple dans la théorie du rêve, pensée de désir (ou plus tard, pensée de trauma). Ce n'est donc pas dans un esprit de rigueur historique que nous référons ici ces concepts à Bion et à Winnicott plus qu'à Freud, mais, disons, par association spontanée. Association inspirée par l'impression générale avec laquelle on sort de la fréquentation de ces auteurs : on quitte Bion avec l'idée que l'auteur de ce bref article qu'est « une théorie de l'activité pensée » finit par communiquer une vision globale de la psychanalyse comme une pratique de pensée, et pareillement l'on peut sortir de