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Alors que la dépendance biologique est un fait incontestable, une donnée de l'être humain, la dépendance comme réalité psychique est un acquis et, comme tel, ne va pas forcément de soi ; elle se construit progressivement et se dépasse en partie. Tenter de mieux la saisir est l'objet de mon propos ; la notion est complexe, composite, elle croise de nombreux concepts, présuppose certains acquis et peut, à son tour, être considérée comme un précurseur d'autres mouvements tels la subjectivation ou le développement d'une position féminine dans les deux sexes. Après quelques considérations générales qui situent l'enjeu de ma réflexion, je traiterai plus précisément de l'émergence, voire de la construction, de la dépendance dans la cure en m'appuyant sur des illustrations cliniques.
« Chaque individu est une partie constitutive de nombreuses masses, lié de nombreux côtés par identification, et il a édifié son idéal du moi selon les modèles divers. Chaque individu a ainsi part à de nombreuses âmes de masse, celles de sa race, de la classe, de la communauté de croyance, de l'appartenance à un État, etc., et peut en plus de cela s'élever jusqu'à une parcelle d'autonomie et d'originalité. »1 Par ces quelques lignes, Freud rend compte de la complexité inhérente à la dépendance. Elle est inévitable, fait partie intégrante de la réalité psychique de l'individu et entretient des relations subtiles avec l'autonomie et l'originalité ; aujourd'hui nous parlerions volontiers d'appropriation subjective et de créativité. Les mots célèbres de Goethe que Freud cite dans l'Abrégé reprennent cette question de manière un peu différente : « Ce que tes aïeux t'ont laissé en héritage, si tu veux le posséder, conquiers-le. »2 Freud arrive à cette question dans son texte après avoir évoqué