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Une femme évoque un souvenir qui est pour elle encore cuisant : elle était, à l'âge de 7 ans, une ravissante petite fille, et un jeune homme de son entourage familial, qui aimait la taquiner, l'appelait volontiers « ma petite fiancée ». Or un jour, à la piscine, elle le surprend en train de flirter avec une jeune femme. Elle éclate en sanglots et le jeune homme est désolé. Mais, comble d'humiliation, c'est sa rivale qui tente de la consoler. Celle-ci lui explique qu'elle est encore petite mais que, certainement, plus tard quand elle sera grande, c'est elle qu'il épousera. La petite fille doit se rendre à l'évidence : elle compte vraiment pour du beurre.
Un homme mûr se souvient, lui, du jour où il avait fait pour sa mère un dessin merveilleux. Il y avait mis toute son âme : « J'étais Léonard de Vinci », dit-il. Sa mère regarde distraitement ce dessin enfantin : « Il est très joli, mais maintenant il faut que tu te dépêches de t'habiller si tu ne veux pas être en retard pour aller à l'école. »
Les souvenirs d'enfance associés à la honte sont fréquents et liés à des expériences très diverses. Dans les deux exemples cités ici, il n'y a pas eu de rencontre avec un personnage volontairement humiliant, enfant ou adulte, ni de dévoilement public d'une activité dévalorisante. C'est dans le déroulement anodin d'une enfance plutôt heureuse que le sentiment de honte a submergé ces deux enfants. Ils étaient humiliés de découvrir qu'ils étaient aimés comme des mioches, eux dont les capacités d'amour étaient immenses.
Ces deux histoires illustrent à quel point le sentiment de vexation et de honte est inhérent à l'enfance, du fait de l'inadéquation entre les aspirations érotiques des enfants et leur maturité sexuelle. Belâ Grunberger a souligné que