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Le lien de dépendance à l'objet peut être évoqué quand l'analyste devient l'objet d'une fixation tenace qui s'oppose à tout déplacement transférentiel. L'analyste est irremplaçable et la dépendance se présente comme « un attribut paradoxal du transfert négatif»1. Sommes-nous confrontés au « roc de la dépendance » évoqué par les rédacteurs lorsque nous quittons les eaux claires de la névrose de transfert, où l'altérité et l'ambivalence sont des évidences, pour nous enfoncer dans les eaux profondes de la dépendance à l'objet primaire ?
Est-ce le roc de la dépendance qui a incité Freud à fixer un terme à l'analyse de l'Homme aux loups ? Wulff, qui l'avait bien connu pendant son épisode d'allure psychotique, a écrit à Ruth Mack Brunswick, son deuxième analyste : « Il ne joue plus un rôle, celui de sa mère, il est2 la mère, jusque dans les moindres détails. »3 L'histoire clinique de ce patient, dont nous savons maintenant qu'il s'agit d'un cas limite, a sans doute influencé Winnicott dans ses élaborations concernant la dépendance et le transfert délirant.
Lorsque les patients dépendants ou profondément régressés ne disposent pas de l'espace transitionnel nécessaire au jeu analytique, la qualité de la réponse de l'objet devient une question centrale. Ces patients ont, selon Winnicott, davantage à apprendre à l'analyste que l'observation directe du nourrisson. D'ailleurs, « un nourrisson, ça n'existe pas ! ». Si tout le monde s'accorde sur la nécessité de construire d'abord un espace de jeu partagé quand celui-ci est absent, les moyens proposés pour y parvenir restent très discutés, voire discutables pour certains auteurs.