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« Nous sommes restés des hommes. »
Sidney Stewart fut l'un de ces jeunes combattants de la guerre du Pacifique, comme son nom ne l'indique pas, fait prisonnier en 1942 par l'armée japonaise. Durant quatre ans, d'un camp à l'autre, déporté des Philippines au Japon et en Corée, il a traversé l'atrocité des humiliations et des privations jusqu'au déchaînement de cette sauvagerie qui pousse à l'animalité, sans jamais perdre la foi en la parole de l'autre. Il fut l'unique survivant de son camp et se devait de témoigner de la dignité humaine rencontrée chez ses compagnons de souffrance, non seulement pour leur rendre hommage, mais surtout, comme le dit sa femme, Joyce McDougall, dans sa préface, « pour essayer de comprendre et de faire savoir comment les êtres humains s'efforcent de vivre et de survivre dans ces situations inhumaines extrêmes ».
En s'imposant de rédiger ce récit autobiographique pour la mémoire de ceux avec lesquels il a tant souffert, Sidney Stewart s'élève au rang des Primo Levi, Robert Anthelme et Henri Alleg dont les écrits témoignent d'autres outrages à l'humanité mieux connus de nos jours, les ravages du nazisme pour les deux premiers et la honte de la torture en Algérie pour le troisième, par une impérieuse nécessité de les adresser à leurs frères humains survivants. En nous racontant son parcours, il se sauve de l'oubli de sa propre histoire par un travail de création « thérapeutique », comme il le dit lui-même, qui le hausse vers la sublimation et lui permet de retrouver les talents qu'il avait cultivés auparavant comme peintre et comme graveur, tout en devenant un psychanalyste, membre de la Société psychanalytique de Paris, particulièrement attentif aux expériences limites et aux effets du trauma chez ses analysants.