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Il est aisé d'habiller des êtres imaginaires de nos propres pensées et sentiments ; mais de nous projeter en dehors de nous-mêmes, de nous penser nous-mêmes dans les pensées et sentiments d'autres êtres dans des situations complètement et étrangement différentes de celles que nous connaissons… qui est parvenu à cela ? Peut-être seulement Shakespeare… un grand poète doit être dans l'implicite, sinon l'explicite, un profond métaphysicien. Il peut ne pas être capable de cohérence logique, dans son cerveau et sa langue ; mais il doit être capable de tact pour tous les sons et les formes de la nature humaine, il doit avoir l'oreille d'un Arabe nomade qui écoute le silence du désert, l'œil d'un Indien d'Amérique suivant les traces des pas d'un ennemi sur les feuilles qui jonchent la forêt ; le toucher d'un aveugle qui sent le visage d'un enfant bien-aimé.
L'empathie, essentielle dans notre travail de psychothérapeute, est trop facilement considérée comme allant de soi. Nous attendons d'un bon thérapeute qu'il soit capable d'empathie et nous recherchons cette qualité chez les candidats que nous sélectionnons pour suivre une formation en psychanalyse. Il est toutefois difficile de définir les critères indiquant la présence de tendances à l'empathie et la littérature n'énonce pas clairement si cette qualité est donnée ou si elle représente une faculté que l'on peut développer par une formation et une analyse personnelle. Il est en revanche plus aisé de déceler des troubles de l'empathie, sur lesquels on a de ce fait plus longuement écrit et dont on a également davantage débattu ; ces troubles sont souvent évoqués en rapport avec les problèmes contre-transférentiels rencontrés dans le travail de supervision avec des candidats. Notre contribution se limitera à traiter de la nature de l'empathie et de son mode de fonctionnement.