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L'empathie est généralement entendue comme une situation de participation particulière avec l'autre, dans laquelle le sujet s'identifie et se projette au point de partager les états d'âme de l'autre et de les ressentir comme siens. L'idée d'éprouver un sens commun, de communiquer par les sens, en passant par une communication davantage sensitive que verbale, de se mettre à la place de l'autre, de se sentir tout un chacun, constitue certainement l'acception la plus répandue de ce terme. C'est en effet au sens interpersonnel, d'échange et contact entre les sujets, que la notion a surtout été étudiée en psychologie et en psychanalyse depuis le début du XXe siècle. Or tel n'est pas le premier sens de l'empathie : le mot Einfühlung, employé pour la première fois en 1873 par Robert Vischer, désigne la relation esthétique qu'un sujet peut entretenir avec un objet, une œuvre d'art, le monde environnant2. C'est cette acception que nous nous proposons d'approfondir ici, acception inséparable chez Vischer de la réflexion sur la façon dont le sujet est affecté, d'abord par le visuel et par les formes.
Le texte fondateur de ce théoricien ainsi que quelques autres de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, notamment ceux de son père Friedrich Theodor Vischer, de Johannes Volket et de Theodor Lipps, montrent bien la nature sensorielle de l'empathie et conduisent à l'articuler avec la synesthésie, autre notion de nature autant esthétique que psychique. D'emblée, ces premiers théoriciens de l'empathie se sont interrogés également sur sa dimension consciente ou inconsciente, quel que soit le sens qu'ils aient donné à l'inconscient.