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On a souvent reproché à Winnicott de ne pas avoir donné à l'imago paternelle toute la place qui lui revenait, au sein de sa théorisation, voire de l'avoir carrément délaissée en érigeant la mère en figure unique. L'accent mis sur le rôle de l'environnement précoce dans le développement humain et sur l'importance des premières relations mère/bébé devait-il nécessairement conduire Winnicott à sous-estimer le rôle du père dans l'organisation psychique de l'enfant, voire à s'éloigner progressivement de la théorie freudienne des pulsions et de la référence à l'Œdipe ?
Ces critiques reposent généralement sur une certaine méconnaissance de l'œuvre de Winnicott qui n'est parvenue en France que très progressivement, sous la forme de traductions successives. Une édition chronologique et rai-sonnée de l'œuvre de Winnicott, permettant de ressaisir l'évolution de sa pensée, nous fait défaut.
Bien des textes de Winnicott, en effet, évoquent le rôle du père, non pas seulement comme double de la mère mais comme père œdipien, père castrateur marquant les limites, et même père de la triangulation précoce parce qu'inscrit dans le psychisme de la mère, dès la naissance de l'enfant. « Il faut également prendre en considération bien des choses qui ont à faire avec l'image du père et son destin dans la réalité intérieure de la mère », écrit Winnicott en 19691.
Cette référence à la réalité psychique maternelle et à sa rêverie intérieure évoque très directement ce que, en France, Denise Braunschweig et Michel Fain ont décrit comme « censure de l'amante », remarque François Duparc, dans un texte récent sur l'importance de la place du père dans l'œuvre de Winnicott2.