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Si je m'intéresse à l'empathie depuis plus de vingt ans, il me semble qu'évoquer brièvement les raisons subjectives, non seulement de cet intérêt clinique et théorique, mais aussi son parcours historique et conceptuel, est une démarche à la fois différente et plus appropriée qu'un exercice narcissique étranger au thème. Je pense en fait que bon nombre de lecteurs pourront retrouver dans cette évocation quelque chose d'eux-mêmes et de ce qu'il ont eux-mêmes vécu au cours de leur formation. En outre, les scénarios scientifiques dont je traiterai brièvement pourront ensuite mener à une intégration partielle de l'excellent argument introductif de Françoise Coblence et Jean-Michel Porte (2004).
Jeune candidat en formation, aux prises avec les traditionnelles difficultés des premières cures analytiques et avec le soutien des supervisions respectives, j'ai été maintes fois frappé par un type d'expérience assez rare en séance, pour moi absolument imprévisible mais remarquable, que je caractériserais par un contact émotionnel efficace et une heureuse clarté des représentations ; dans ces moments-là, l'analyste fait l'expérience du vécu conscient du patient et le partage sans que, pour autant, une sensation de séparation et d'individuation efficace soit empêchée, ni chez lui-même ni chez le patient.
Mais il arrivait en même temps que non seulement le « regard » analytique (la compréhension intellectuelle, la capacité d'expliquer, l'erklären de Jaspers) mais aussi l'expérience totale du comprendre et sentir (sous la forme bien intégrée du comprendre/verstehen) aillent un peu plus en profondeur, jusqu'à atteindre des zones moins en syntonie avec le Moi conscient, comme si les mailles du Moi défensif s'étaient occasionnellement élargies et comme si, dans ces circonstances, le « tirant » de nos capteurs sensoriels internes jouissait un instant d'un accès plus large à notre préconscient et à celui d'autrui.