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Il m'arrive parfois quelque chose d'étrange. Lorsque j'ai en face de moi un homme ou une femme, pour un entretien ou une psychothérapie, je me surprends à adopter (ou, plutôt, à avoir adopté) la même attitude gestuelle que cet homme ou cette femme : par exemple, croiser les bras, ou mettre le menton dans la main, etc., y compris des gestes qui ne me sont pas toujours familiers. Cette attitude en miroir me cause une discrète gêne lorsque j'en prends conscience. Je me demande alors s'il y a dans le discours de la personne qui s'adresse à moi quelque chose qui me toucherait particulièrement, et qui créerait une sorte de résonance corporelle immédiate, mais il me semble que ce n'est pas forcément le cas, même si, de ce point de vue, on peut toujours se leurrer. Il s'agirait là d'un mouvement empathique soudain dont il conviendrait naturellement de se dégager sous peine d'une collusion imaginaire, d'une « masse à deux ».
Je sais que quelque chose d'un peu semblable peut exister aussi chez l'autre partenaire de l'entretien. J'ai eu longtemps en psychothérapie une jeune femme psychotique qui présentait de grandes crises d'agitation : parfois elle tournait autour de mon bureau dans une sorte de danse du scalp et en hurlant : « Je vais vous tuer, docteur, je vais vous tuer. » Pendant ses périodes de calme, elle avait une mimique du visage qui la conduisait, lorsque je lui parlais, à terminer mon propos non pas avant, ni après, mais vraiment en même temps que moi. Avaitelle peur alors après m'avoir fait peur ? Ou gardait-elle les braises encore chaudes d'une peur très ancienne dont elle avait perdu le souvenir ? Étais-je moi-même marqué par des traces semblables et avant tout désireux de reléguer au plus loin de la conscience et de la mémoire la constatation tristement célèbre suivant laquelle nous descendons tous d'une génération de meurtriers ?
Échomimie, échopraxie, écholalie sont des phénomènes depuis longtemps étudiés par les neurologues et les psychiatres, qui leur ont co