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« Si je fais abstraction de toute empathie, si j'imagine qu'elle est continuellement biffée, de sorte que fait défaut l'aperception qui me livre originellement l'homme là-bas à titre de membre de mon monde environnant, je n'aurai que des choses matérielles. »
Il paraît vain de définir une relation humaine — a fortiori, une rencontre psychothérapique — qui soit étrangère à la trame intersubjective de l'empathie. À cette universalité, s'ajoutent une genèse épistémologique complexe et une plasticité sémantique qui en obscurcissent encore l'étude. Dans ces conditions, l'exploration de l'empathie dans un domaine clinique spécifique offre au chercheur une voie d'accès contenante et structurante respectueuse de sa potentialité. En ce sens, la psychanalyse s'est révélée grande pourvoyeuse d'éléments pertinents pour cerner l'Einfühlung. Dans sa vision inaugurale, Freud a d'abord mis l'accent sur l'identification et l'imitation : « Partant de l'identification, une voie mène, par l'imitation, à l'empathie, c'est-à-dire à la compréhension du mécanisme qui seul nous rend possible une prise de position à l'égard d'une autre vie psychique » et, en particulier, à « ce qu'il y a de plus étranger à notre moi chez d'autres personnes » (Freud, 1921). Appréhendée comme un processus intellectuel relevant de la psychologie générale, le fondateur positionne néanmoins l'empathie comme une pièce maîtresse du cadre : elle est une condition de l'écoute et de la compréhension psychanalytique de la cure (Freud, 1913). Ferenczi, privé d'un lieu contenant d'élaboration de ses affects contre-transférentiels, sera un brillant avocat du « sentir avec » l'analysant mais manquera avec sa « psychanalyse mutuelle » le « faire sentir ce que le patient n'arrive pas à sentir lui-même » (R. Roussillon, 1995 ; T. Bokanowski, 1997).