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Comment est-ce possible de sentir ce que ressent l'autre ? Comment peut-on se mettre à sa place, tout en restant soi ? En quoi consiste ce phénomène mystérieux ? L'usage courant parle d'une capacité de se glisser dans la peau d'autrui. Un mouvement actif envers l'autre est ainsi souligné. En termes psychanalytiques, la dimension projective est visée.
Lorsque le psychanalyste se penche sur la notion d'empathie, le modèle mère/bébé s'impose à lui. Par quel mécanisme la mère comprend-elle son bébé, ce petit être traversé de secousses émotionnelles ? Dès l‘Esquisse (1887-1902), Freud y fait référence. C'est en se fondant sur les réminiscences de ses propres expériences que la mère serait à même de comprendre son enfant. Winnicott (1966), quant à lui, introduit la notion de « préoccupation maternelle primaire ». Cette douce folie maternelle survient dès avant la naissance de l'enfant et s'épanouit aux premières semaines de la vie. En cet état d'hypersensibilité, «… pour une grande part elle [la mère] est le bébé et le bébé est elle ». C'est à la profonde identification de la mère au bébé que le phénomène empathique est attribué. « Maladie normale », la préoccupation maternelle primaire fonde la conviction maternelle de sentir les besoins de son enfant et d'être en mesure d'y répondre. Davantage centré sur le processus de pensée, Bion développe la notion de « rêverie maternelle », dont l'état d'esprit de l'analyste en séance est l‘analogon. En état de « rêverie », la mère transforme les identifications projectives de son bébé en éléments psychiques assimilables.
Pour mieux cerner le concept d'empathie, penchons-nous sur quelques auteurs qui en font un outil essentiel. Sans prétendre à l'exhaustivité, j'évoquerai Ferenczi, Winnicott, Kohut, Marty et Bion.