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L'écriture « analytique », entendue comme tentative de rendre compte dans un écrit des effets de l'inconscient, tels qu'ils peuvent en particulier s'entrapercevoir dans une cure, a toujours été une entreprise paradoxale. Entre le souci « scientifique » de délimiter son objet, de le maîtriser pour le décrire et la nature même de cet objet, rebelle à toute tentative de ce genre, le divorce est total. Freud le savait, qui admirait la capacité du poète à faire jaillir, d'un coup, « comme en volant », ce que le scientifique qu'il voulait être ne pouvait atteindre qu'imparfaitement, laborieusement, « en boitant ». Ce qui ne l'empêcha pas, tout au long de son œuvre, de recourir à la poésie, à la littérature pour, au gré d'une citation ou d'un essai, faire surgir de la gangue péniblement travaillée de l'observation rigoureuse le diamant qu'elle contenait.
Ce va-et-vient entre l'approche dite scientifique, objectivante, qui isole et promeut des concepts, et l'approche dite littéraire qui laisse l'inconnu habiter et animer le mouvement des mots et des phrases est sans doute éprouvant, conflictuel, mais il est nécessaire, inéluctable. On n'en voit pas moins insister, dans la pensée analytique, la tentation d'une scientificité pure et dure qui se méfie, comme de la peste, du « littéraire », sauf à se référer, éventuellement, aux auteurs prestigieux, Goethe, Shakespeare ou Proust, comme si l'expérience littéraire ne valait que figée dans la reconnaissance posthume du génie, comme si on ignorait, entre autres exemples, l'apport merveilleusement fertile que Freud a pu nous léguer dans son essai sur une modeste nouvelle de Jensen, Gradiva !
De tels courants, de telles postures reviennent régulièrement dans la « production » psychanalytique française, laquelle a pourtant, plus que d'autres sans doute, tenté de faire vivre ce paradoxe plutôt que de l'écraser. L'héritage