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Dédié à la mémoire, le film du réalisateur et écrivain cambodgien Rithy Panh livre un témoignage clinique éblouissant. Aux images de torture du S21 il substitue les témoignages et la parole : celle du seul témoin des trois victimes survivantes, le peintre Nath ; celle d'une dizaine de bourreaux du camp ; celle, muette, des archives. Ce texte a été écrit à la suite d'une projection en présence du réalisateur et d'un débat avec la salle et le président de la Fédération des droits de l'homme.
L'ancien lycée Tuol-svay-Pray, au centre de Pnom Penh, réquisitionné en 1975 par les forces de sécurité de Polpot, est devenu, entre 1974 et 1979, S21, le plus important centre de détention et de torture du pays. Dans ce lieu banal d'allure banlieusarde constitué de bâtiments simples autour d'une cour de récréation gazonnée, 20 000 personnes furent internées, torturées, exécutées. Tuées sous la torture ou au décours, elles étaient conduites alors en camion au camp d'extermination de Choeung Ek. En 1979, lorsque l'armée vietnamienne libéra la ville, il ne restait que 7 survivants à S21. Quatorze autres ont été torturés à mort alors que l'armée vietnamienne approchait de la ville, leurs corps exposés. Les photographies sont affichées.
Ce qu'il reste après la visite de Tuol Sleng, ce sont des images. Les centaines de portraits des prisonniers hommes, femmes, enfants parfois en bas âge avant, pendant ou après la torture tapissent les murs des salles de S21. Ce sont les clichés pris par les Khmers rouges eux-mêmes agrandis en format géant. Les photographies des prisonniers morts sous la torture laissent une impression insoutenable par l'étrange sourire béat, évoquant le soulagement de la mort à la fin du supplice. Ces images ont parcouru les rencontres internationales de photographies. Elles ont été exposées en Arles il y a quelques années.