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« La remédicalisation, actuellement, de la dépression (assortie d'un excès d'usage des antidépresseurs prescrits trop systématiquement)… est le point d'aboutissement d'une lente abrasion du tragique de l'expérience humaine. »
Le terme de « dépression » n'est pas seulement aujourd'hui galvaudé par le public - pour qui toute personne souffrant de troubles psychiques « fait une dépression » - mais par la psychiatrie qui a abandonné toute psycho-pathologie pour des inventaires de symptômes et un pragmatisme pharmaco-logique qui fait désigner par « dépression » tout état susceptible d'être amélioré par un « antidépresseur ». Les psychanalystes semblent, quant à eux, placer la dépression dans une position incertaine, entre la mélancolie, d'une part, des états que beaucoup ont cherché à individualiser - dépression névrotique, dépression à vif, dépression blanche, dépression sans objet, dépression narcissique, névrose d'abandon, dépression essentielle… -, et, d'autre part, des aspects du fonctionnement mental auxquels est reconnue une sorte de « qualité dépressive » ou, de façon mieux définie, de « dépressivité », comme l'a proposé Jean Bergeret.
Le colloque René Diatkine1, organisé par André Green, nous invite à réexplorer, du point de vue de la psychanalyse, le « champ dépressif ».
Il serait tentant, sur le plan nosographique, d'envisager un spectre dépressif allant de la dépression mélancolique aux états dépressifs mineurs, sorte de continuum de la souffrance dépressive, mais la question de la pertinence d'une telle hypothèse se pose et s'oppose à une autre qui serait de considérer des mécanismes psychodynamiques communs aux différentes formes de dépression et de les observer ou de les retrouver dans différents contextes psychotiques, névrotiques ou autres2.