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Au cours des siècles passés, la psychiatrie n'employait pas librement, comme elle le fait maintenant, le terme de « dépression » pour désigner un ensemble pathologique de symptômes. La littérature d'antan parlait plutôt de mélancolie, et l'histoire du concept de mélancolie de Hippocrate à Kraepelin constitue une grande partie de celle de la psychiatrie. Le remplacement de ce terme par celui de « dépression », devenu très courant, est peut-être dû à l'autorité de Kraepelin et à son emploi de l'adjectif apparenté dans le qualificatif diagnostique de « maniaco-dépressif ». Dans un cas, celui de la mélancolie involutive, le terme ancien persiste et il était courant à l'époque des premiers écrits de Freud. Freud et Abraham emploient l'expression melancholische Depression, impliquant par là qu'ils parlent d'une forme de dépression - un ensemble structuré de symptômes.
La psychiatrie actuelle n'a pas complètement rejeté les concepts que Kraepelin employait à propos des psychoses maniaco-dépressives, mais elle les a laissés en friche. Par exemple, pas grand-chose n'est fait sur le plan opération-nel avec les affirmations fondamentales de Kraepelin, et l'idée de symptôme, dans le sens de signe d'un processus pathologique, qu'elle avait au XIXe siècle, est tombée en désuétude. Le mot « symptôme » existe toujours, mais il a une nouvelle signification. Dans les psychoses maniaco-dépressives, ainsi que dans d'autres psychoses et dans les névroses, « symptôme » a pris le sens de « structure psychologique », telle que Freud la définit dans Le problème de l'angoisse (1926). Les psychiatres s'écartent peu à peu de l'implication dénotative originelle du terme.