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La pensée de la mélancolie, en tant que « pure culture de la pulsion de mort1 » selon Freud, introduit au cœur de la seconde théorie des pulsions. Et si par ailleurs un auteur comme Th. Ogden a relevé dans « Deuil et mélancolie » la rupture épistémologique qui fonde chez Freud la théorie du Moi2, B. Rosenberg a vu dans la finalité du « travail de mélancolie3 » le détachement du Moi de l'objet. Un retour à Abraham et à sa préoccupation très clinique de la mélancolie questionne paradoxalement cette seconde théorie, par la place stratégique qu'elle accorde au rôle du traumatisme et donc à l'objet externe dans la constitution et le destin du Moi, puis à celui des objets internes au service du Surmoi. Une confrontation entre Melanie Klein et Sándor Radó s'impose alors. Il n'est pas certain que la transaction opérée par l'identification à l'objet et la transformation du sadisme en masochisme qui en découle, ait pour véritable fonction ce détachement et pour seule conséquence une nouvelle intrication pulsionnelle, selon la théorie freudienne du masochisme érogène4, mais bien plutôt la restauration omnipotente d'un objet épuré et la garantie de l'amour de son représentant interne.
Cette question traverse l'œuvre entière d'Abraham. Dès 1909, celui qui deviendra le « cher optimiste incorrigible » fait part à Freud de son intérêt pour les délires mélancoliques. Son intérêt non démenti pour la mélancolie possède