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La maladie est rupture. Rupture dans la continuité silencieuse de la vie dans ses organes. Surtout, elle est rupture dans la continuité de la conscience de soi. L'effraction de la maladie dans l'histoire vécue du sujet le confronte à une expérience affective impérieuse et vitale. Dans l'espace clos de sa conscience brutalement obscurcie, il doit faire face à des affects qui engagent directement sa vie sous toutes ses dimensions organiques et psychiques : l'angoisse, la douleur, la limitation fonctionnelle, la perte de ses projets et la mort. Au temps zéro de cette rupture, le sujet est seul face à ce bouleversement somato-psychique. L'impératif de préserver sa vie sollicite chez le malade toutes les ressources dont il dispose, tant sur le plan psychique que sur le plan biologique afin d'éviter un vécu d'effondrement. On ne peut comprendre les modalités du fonctionnement mental du malade, et c'est là un point important, que si l'on garde présent à l'esprit ce temps premier de la rupture par lequel l'ensemble de la structure pulsionnelle du sujet et celle de son Moi subit une inflexion dont le destin est imprévisible et dont les signes peuvent être momentanés ou durables.
L'observation psychanalytique des malades nous montre que l'expérience douloureuse de la dépression est très irrégulièrement partagée parmi eux. Si certains ont une conscience aiguë de ce qu'ils perdent en devenant malades, d'autres au contraire, et c'est là une observation qui ne cesse de nous étonner, saluent l'avènement de la maladie comme un sauvetage psychique. Ce paradoxe psychosomatique ne nous paraît élucidable qu'au regard de toute l'étendue de l'histoire psychique du sujet, comprenant aussi bien le temps premier de la rupture, celui du surgissement de la maladie, que le temps ultérieur des réaménagements psychiques et somatiques, mais aussi, et peut-être même surtout, le temps d'avant la maladie.
Avant d'aborder l'étude psychanalytique des malades somatiques sous l'angle de l'expérience dépre