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Associer les termes « dépression » et « somatisation », c'est-à-dire sousentendre l'existence d'un lien de causalité entre la maladie dépressive et la maladie organique, semble a priori relever plus d'un constat d'évidence que d'une hypothèse originale, tant il paraît naturel qu'une personne souffrant dans son corps puisse être déprimée, comme il paraît aller de soi qu'une personne déprimée soit moins résistante à l'agression des agents pathogènes. Les travaux de P. Marty nous incitent à relativiser cette dernière assertion car, selon lui, ce n'est pas l'ensemble du champ protéiforme des dépressions qui serait en cause dans cette vulnérabilité, mais seulement une de ses formes, originale et dénommée « dépression essentielle ». Celle-ci serait une « pure » dépression en ce qu'elle se caractérise par une chute du tonus libidinal sans compensation économique positive - à savoir, contrairement à la mélancolie, sans expression symptomatique bruyante associant une souffrance psychique, un sentiment d'infériorité, un sentiment inconscient de culpabilité ou encore une douleur morale. Il est à noter qu'aucune référence n'est faite à la haine dans la dépression essentielle, tant au niveau de son expression que de son ressenti, dont Freud a pourtant largement débattu dans « Deuil et mélancolie ». Fritz Zorn (la colère), dans son roman autobiographique Mars (dieu de la guerre), écrit peu avant de mourir d'un cancer, a attiré notre attention sur cette question. Il n'hésite pas à affirmer qu'il a été « éduqué à mort ». Je le cite : « L'atmosphère, chez mes parents, était prohibitivement harmonieuse. Je veux dire par là que, chez nous, il fallait que tout fût parfaitement harmonieux, que tout ne pouvait être, en aucune façon, autre qu'harmonieux, que la notion même ou la possibilité de l'inharmonieux n'existait pas (…) quelque chose qui posât un problème, cela ne devait pas exister car c'eût été la fin du monde (…). Toute ma vie j'ai été brave et gentil et c'est pour cela que j'ai