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Le très remarquable travail de Jorge Canestri, bien que n'étant pas orienté vers la psychosomatique, ne peut manquer de stimuler une interrogation profonde et très nécessaire sur le fonctionnement de nos théories dans ce domaine. Accent mis sur le modèle quantique, sur les transformations d'état liées au passage du niveau micro au niveau macro ; critique, pour leur génétisme, du modèle meltzérien comme de la vision kleinienne classique de la succession des positions schizoparanoïde et dépressive ; modélisation du processus comme « partant de », mais n'ayant pas de trajec-toire ni de finalité prédéterminée et pouvant tout au plus prendre sens et forme dans l'après-coup : autant de points de vue que je partage largement et qui nous obligent à questionner les bases du modèle psychosomatique de Pierre Marty.
Quelles sont en effet les caractéristiques du modèle martyien ? C'est d'abord un modèle strictement génétique, un stade succédant à l'autre et l'englobant dans le cours de l'Évolution. C'est ensuite et de manière liée un modèle linéaire : mouvements évolutifs et contre-évolutifs sont envisagés selon un axe développemental. C'est aussi un modèle objectivant : il s'agit de réparer le Préconscient, « pièce endommagée de l'appareil psychique ». Enfin, c'est un modèle qui tend à rechercher une justification sur le mode scientifique des sciences dites dures. En témoignent les tentatives de mener des protocoles de recherche de type cancérologique.
Dans ce qui suit, je tenterai d'aborder les choses sous deux angles : d'une part, celui du modèle psychosomatique lui-même et du processus de théorisation chez l'analyste ; de l'autre, celui des relations entre théorie du modèle et processus en psychosomatique.