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Ce titre, reproduisant l'expression interrogative d'une patiente, s'est imposé à moi en lisant puis écoutant le passionnant rapport de Thierry Bokanowski. La « douleur d'exister », ou « douleur identitaire », est bien celle évoquée dans ce travail (chap. VI, § C, 2°).
Le questionnement de ma patiente, s'ajoutant à celui d'autres patients, m'avait incité à réfléchir sur la souffrance, réflexion qui amena d'abord en moi une question symétrique : peut-on analyser sans susciter la souffrance ?
L'ensemble du rapport est sous-tendu par le problème de la souffrance inhérente au processus analytique, le titre et les sous-titres en font d'ailleurs éloquemment foi.
T. Bokanowski précise (chap. III, § B) que « … la souffrance désigne, et qualifie, l'aspect pénible du manque fondamental, générateur de la vie psychique », et il tente à cette occasion une distinction entre souffrance, douleur et angoisse. C'est sur cette distinction que je voudrais centrer mon intervention tout en étant convaincu, comme il l'exprime dans son chapitre VI (§ C, 2°), que « le processus analytique est centré sur les mécanismes de base du fonctionnement psychique », mécanismes au sein desquels, me semble-t-il, la souffrance, la douleur et l'angoisse ont une place essentielle.
Mais ce même processus analytique, il le souligne bien, est hétérogène, puisqu'il comporte aussi, comme il le dit au chapitre IV (§ D, 2°), une régression pouvant aller jusqu'à la détresse infantile, la Hilflosigkeit. Cette régression se dirige donc vers une indistinction entre douleur et angoisse, indistinction qui prévaut chez le nourrisson ainsi que Freud le rappelle à l'addendum C d'Inhibition, symptôme et angoisse : « Au début on trouve confondu ce qui sera ultérieurement séparé. » J. Guillaumin l'avait bien souligné dans son rapport