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Si [le Saint-Esprit] agit en nous, s'il nous excite à de saints gémissements, il faut agir avec lui, gémir avec lui, avec lui s'exciter soi-même.
Le Saint-Esprit ne serait-il pas une sorte de préfiguration de l'objet de la métapsychologie freudienne, agissant en nous (et non sur nous) et étant extérieur à nous ? Paradoxe de la relativité de l'extériorité et de l'intériorité, de la réalité et de la subjectivité, qui n'était peut-être supportable pour l'esprit humain qu'à la condition de l'immatérialité idéale du Saint-Esprit. Et l'introduction de ce paradoxe dans la problématique scientifique par la matérialité libidinale de l'objet de la métapsychologie freudienne tend toujours en fait à nous entraîner à sa négation par la disjonction de ses termes : ou bien l'individu est excité de l'extérieur et se borne à exprimer une excitation qu'il subit passivement, ou bien il s'excite et ne doit rien à l'extérieur de cette excitation (à la rigueur un vide, mais je reviendrai à cette introduction trop commode de l'extérieur). Alors que l'excitation ne peut être produite qu'à deux, et que toute la valeur heuristique, en psychiatrie, de cette notion, au champ sémantique si large et si confus, ne tient qu'à cette coproduction.
C'est bien d'ailleurs ce que pressentait Littré lorsqu'il faisait encore appel à Bossuet pour illustrer sa pensée : « Tout ce que nous apercevons [dans la sensation], c'est qu'à la présence de certains objets, il s'excite en nous divers sentiments, par exemple, ou un sentiment de plaisir ou un sentiment de douleur », car « nous distinguons les choses qui nous touchent ou nous environnent par les sensations qu'elles nous excitent » (Connaissance, III, 8).