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« Sentir - de quelle couleur cela peut-il être ? »
Le découpage neurologique du corps en territoires d'innervation distincts est loin d'être un simple décalque de la réalité anatomique. On sait par exemple qu'il n'existe aucun parallélisme entre la représentation cérébrale des différentes parties du corps et leur taille réelle. Le fameux homonculus de Penfield1, dont l'aspect monstrueux découle d'une sur-représentation du pouce, des lèvres et de la langue par rapport au reste du corps, montre bien que le corps neurologique est une construction assez éloignée de l'image familière que nous nous faisons généralement du corps humain. Une des caractéristiques des cartographies multiples qui, à chaque niveau du système nerveux, participent à la construction d'une représentation neurologique du corps, réside dans le fait que leurs frontières sont mouvantes et que l'importance relative des différentes zones corporelles est susceptible de varier considérablement selon la façon dont le corps est sollicité dans un contexte physiologique donné. Du point de vue neurophysiologique, ce caractère sans cesse changeant des représentations du corps est sous-tendu par des mécanismes de modulation qui régissent, à l'intérieur d'un même étage et d'un étage à l'autre du système nerveux, l'architecture et le degré d'excitabilité des réseaux neuronaux impliqués dans l'élaboration de l'image corporelle.
Certains syndromes neurologiques sont particulièrement révélateurs de ces mécanismes modulateurs susceptibles de faire varier, parfois jusqu'à l'absurde,