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Depuis deux siècles, toute la psychopathologie, psychanalytique comprise, aurait plutôt tendance à donner à cette question une réponse quelque peu embarrassée. On sait que la première définition psychiatrique de l'hallucination, forgée au cours du XIXe siècle, la décrit comme une « perception sans objet ». Définition qui à elle seule exprime l'aporie de la clinique : le terme de « perception », qui en l'occurrence est synonyme de perception externe (perception « extéroceptive ») a-t-il encore un sens lorsqu'il est « sans objet » ? Un siècle plus tard, Henri Ey complétera cette définition par la formule « perception sans objet à percevoir ». On n'a pas toujours rendu justice à cette nouvelle définition. Car, pour son auteur, elle ne signifiait pas seulement l'affirmation que l'hallucination comporte bel et bien un objet, même si cet objet n'est pas de l'ordre du champ perceptif, c'est-à-dire de la réalité dite extérieure. La nouvelle formulation impliquait aussi la thèse que la perception est exclusivement réservée à ce qui n'est pas le « sujet » : une perception - extéroceptive - concernerait tout le monde physique à l'exclusion du sujet lui-même. Par conséquent, « halluciner, c'est pour le sujet se prendre lui-même pour objet d'une perception dont nous pouvons bien dire qu'elle est une “perception-sans-objet-à-percevoir“, car jamais le Sujet en lui-même et en aucune de ses modalités ou de ses “parties” n'a le droit de se percevoir comme un objet extérieur à lui-même » (H. Ey, 1973, p. 47). Plus tard, A. Jeanneau, se concentrant spécifiquement sur l'hallucination psychotique, inversera la formule de H. Ey en suggérant que cette hallucination serait un « objet sans perception », en ce sens que l'objet de cette perception hallucinatoire « est réduit à lui-même, sans ombre ni passé, sans rien représenter de ce qui est autre que lui, se livrant à la connaissance comme une incompréhensible information où rien, ni aucune histoire ni personne ne peuvent s'y reconnaître » (