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« Tu me parles avec des mots, dit Marianne, et moi je te regarde avec des sentiments. »
Le face à face est-il le mode de thérapie privilégié pour les patients atteints de troubles somatiques ? Je ne crois pas aux généralisations. En effet, la diversité des sujets atteints d'affections somatiques est grande et, pour cette raison, les implications théoriques et thérapeutiques sont variées. Les patients somatiques ne relèvent pas d'une seule modalité de fonctionnement psychique, mais il existe plutôt une cœxistence ou une alternance d'organisations.
Le fonctionnement mental est irrégulier. Ainsi, une affection somatique peut survenir chez un névrosé pour lequel la psychanalyse classique est tout à fait indiquée. Nous avons tous à l'esprit des patients névrotiques chez qui survient une maladie, à l'image d'un enfant courant librement à travers champs et qui, subitement, chute. Bien sûr, pas n'importe quand. Nous n'oublions pas que si la maladie dite psychosomatique peut être une banale expression somatique, elle peut aussi mettre la vie en danger.
Il en est différemment chez ceux dont le fonctionnement psychique est régulièrement « court-circuité », provoquant des bascules dans le somatique. Avec ces patients généralement non névrotiques, atteints d'affections somatiques fréquentes et souvent graves, l'analyste aménage plus ou moins le dispositif : face à face pour permettre un ancrage au regard et aux gestes de l'analyste devant les difficultés représentatives et régressives permanentes ou passagères du patient ; interprétations ou interventions plus fréquentes et de formulations parfois différentes pour relancer le travail associatif, avec une fonction animante du préconscient ; attention particulière au contre-transfert marqué par la présence du corps souffrant et par celle de la mort, et aussi par le rapport du psychanalyste à son idéal psychanalytique et à ses références théoriques souvent trop idéalisées.