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C'est à la fois par hasard et au terme d'une longue trajectoire que j'ai été amenée à rencontrer des transsexuels. J'avais dirigé pendant plusieurs années un séminaire sur « La femme, le monde moderne et la psychanalyse », qui m'avait permis d'être au clair sur la question de la femme ; puis je m'étais intéressée à la « psychopathologie différentielle des sexes », recherche qui m'avait montré que le sexe faible était le sexe masculin sur le plan psychobiologique (on voit plus de garçons que de filles en consultation de psychiatrie de l'enfant, on en prend plus en traitement dans les institutions ; pour la plupart des symptômes, il y a plus de garçons que de filles) ; à quoi il faut ajouter la moindre longévité des hommes. C'est alors qu'un jour Antoine, âgé de 4 ans, entra dans mon bureau. Ses parents et lui parlèrent comme s'ils avaient lu Robert Stoller. Antoine correspondait en tout point à la description donnée par Stoller du « transsexualisme vrai », que j'appelle « transsexualisme à la Stoller ». Comme j'avais lu Stoller, je fus en état de proposer un traitement pour Antoine : psychothérapie intensive du garçon, psychothérapie du père, analyse de la mère, consultations conjointes de temps à autre. J'exposais l'histoire d'Antoine à une réunion scientifique ; à la sortie, le Pr Jacques Breton me dit : « Puisque vous vous intéressez au transsexualisme, venez travailler à ma consultation, à l'Hôpital Fernand-Widal. » À vrai dire, je ne m'étais pas intéressée au transsexualisme, je m'étais intéressée à Antoine, et j'allais découvrir le transsexualisme. Si je suis restée plusieurs années dans cette consultation, c'est que je fus passionnée par la double énigme que représentent l'organisation mentale des transsexuels et la construction de l'identité sexuée.
Au début, je fus prise par la pensée qu'il serait préférable de pouvoir traiter ces patients par la psychothérapie ou l'analyse plutôt que de pratiquer cette chirurgie