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En ces temps de sirènes de l'irrationnel, il faut un certain courage, un engagement hors du cercle enchanté de la médiatisation dominante pour prendre le risque de la simple raison ; ces temps troublés où l'on apprend que les Lumières cachent le totalitarisme, que Robespierre est le précurseur d'Hitler, où la moindre déviation par rapport à une certaine atmosphère de « pensée univoque » est stigmatisée ou ignorée ; où la marche du raisonnement n'a rigoureusement plus aucun sens, où tout est partout et égal à tout ; ces temps décrétés religieux où s'oublie L'avenir d'une illusion, où le choix planétaire n'est offert qu'entre deux fondamentalismes, et au canon ; ces temps où les Actuelles soi-disant datées de Camus ne cessent d'être plus actuelles que jamais, où se référer aux exigences scientifiques de Freud fait figure d'audace extrémiste, ces temps de pasteurisation de la pensée à la vapeur du politiquement correct ; à l'heure où l'on confond la science et ses applications, où la désaffection vis-à-vis de la science se fonde sur l'exigence de normes qu'elle ne peut ni ne doit donner, et sur les conséquences destructrices de ces normes, Michèle Bertrand ose dire simplement que la démarche scientifique, y compris en psychanalyse, est toujours d'actualité. Toute démarche rigoureuse est un cliquet d'arrêt de la rhétorique insensée.
Son plan suit la démarche même de la science. La clinique d'abord, sans laquelle il n'y aurait pas de psychanalyse mais qui n'existerait pas sans la psychanalyse ; elle n'est pas une stricte collection de faits : le premier récit, œuvre consciente et inconsciente de l'analyste, est déjà organisé. Cette inconscience du