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Voici un livre « dédié à la pudeur » (p. 289), cette force psychique, variable dans ses formes, où se joue le désir de n'être pas vu avec celui de voir. Voici un titre qui incite à la découverte : Quand la pudeur prend corps, à la fois affirmation d'un rapport temporel (le moment où) et aussi d'une causalité (dès lors que). Cette complexité nouvelle accordée à la pudeur fait de celle-ci un « concept » à analyser dans cette double perspective et engage immédiatement des questions : comment la pudeur prend-elle corps dans le corps ? Quelle est la force d'origine de cette « digue » édifiée selon Freud lors de la mise en place du surmoi et de l'idéal du moi pour modifier le cours de la pulsion ? Quelle est sa nécessité et son utilité au regard de la dynamique sexuelle ? Pourquoi Musil et Duras présents en exergue du livre sont-ils davantage a-pudiques qu'impudiques ?
José Morel répond à ces questions en un livre qui reprend en version abrégée sa thèse de psychanalyse et de psychopathologie fondamentale. À partir d'une problématisation de la pudeur et de la honte dans une société de libéralisme sexuel et mercantile, José Morel, à la fois, présente une analyse psychanalytique sur le narcissisme, la pulsion scopique, les perversions, la mélancolie, et introduit une interrogation sociologique en situant ce concept dans un contexte sociopsychologique et socio-anthropologique. Ce travail de José Morel est ainsi celui d'une clinicienne et d'une universitaire : travail informé qui, d'une part, concerne la psychanalyse et discute la théorie freudienne, et, d'autre part, s'appuie sur des considérations anthropologiques, historiques, esthétiques et même juridico-sociales ; l'ouvrage se signale par la clarté de la présentation, par ses illustrations cliniques, par son attention à l'imaginaire littéraire, par le répertoire très minutieux de sa table des matières, par la richesse de sa bibliographie. La remarque énoncée par P. Fédida dans sa préface à ce