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Le dernier ouvrage de Janine Chasseguet-Smirgel est une réflexion très documentée en même temps qu'une recherche approfondie sur les mécanismes contemporains de violence et de désaveu qui infiltrent, dans bien des champs de notre vie et de notre pensée, le rapport que nos sociétés établissent avec le monde. Parallèlement, la trame de cet ouvrage est nourrie de tout le travail et de tout le cheminement théorique de son auteur, dont on reconnaît alors, la rigueur et la sensibilité, la richesse de ses apports culturels et cette façon bien à elle, d'affirmer ses idées, sans concessions.
Dans son « Avant-propos », Janine Chasseguet-Smirgel nous montre que la représentation du corps humain a subi bien des mutations. Si la modernité, l'arrachant à la nature, sépare définitivement l'individu, du monde, comme de son propre corps, un courant ancien du mépris du corps, martyrisé, autoflagellé ou censuré, remonte bien avant le christianisme qui a poussé à son apogée ce mécanisme. L'hybris de l'homme (son excès, sa démesure, parfois) peut le pousser à traiter son corps comme la machine qu'il a créée. Au risque d'une désorganisation (fantasme d'un corps éclaté), pouvant se concrétiser dans le réel - nous sommes ici dans le temps d'après le 11 septembre 2001 - et réalisant alors, de façon épouvantable, l'union mythique du corps et du cosmos.