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Cette patiente souffre d'une névrose obsessionnelle qui lui « mange la vie », la sienne et celle de son entourage, par ce qu'elle s'ordonne, sans respiration aucune, sur des impératifs catégoriques d'ordre, de discipline et de propreté. Dans la séance qui inaugure cette en-ième année d'analyse, elle fait néanmoins état des heureuses vacances qu'elle a passées, de la liberté corporelle et gestuelle qu'elle a pu s'y autoriser et qu'elle sait, dit-elle, devoir à sa cure. Sa carapace obsessionnelle, par sa rigidité et sa constance, semble, au plan manifeste, jeter un défi virulent et permanent à l'efficience du travail analytique ; elle pourrait être de nature à ébranler la confiance de l'analyste en sa thérapeutique. Il est clair cependant entre nous, et à un autre niveau, qu'un « processus » tout intérieur, presque secret, conduit cette femme à se sentir plus vivante, plus joueuse, presque heureuse d'entrevoir qu'elle pourrait un jour, mais pas trop tôt, renoncer au déterminisme inconscient auquel elle s'identifie et à la tyrannie pulsionnelle à laquelle elle se soumet.
Puis, juste avant que cette séance ne se termine, et de façon à ce qu'aucune contradiction ne puisse lui être opposée, elle m'annonce qu'elle ne viendra pas à sa séance de mercredi. Sa chaudière qui fuit, me dit-elle, doit être remplacée et ce chantier est bien trop sérieux pour qu'elle n'en soit pas de bout en bout le « maître d'œuvre ». Si prosaïque qu'apparaisse, de l'extérieur de la situation analytique, cet événement, le récit qu'elle en fait, dans le hic et nunc de l'expérience transférentielle, sonne à mon écoute selon une tonalité plaintive, douloureuse, discrètement tragique.
Nous ne disposons pas tous de la même plénitude langagière, de la même gamme d'expression pour communiquer à qui nous écoute, de manière directe et avec la même justesse et subtilité, les idées et les émotions dont se trame notre malheur intérieur. L'armure, par laquelle l'obsessionnel se protège de ses impulsions et de ses