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L'argument de chaque numéro des Libres Cahiers pour la psychanalyse correspond à un texte sélectionné de Freud et les rédacteurs ont choisi « l'objet de la jalousie » pour faire travailler l'article écrit en 1922 : « Sur quelques mécanismes névrotiques dans la jalousie, la paranoïa et l'homosexualité. »
La jalousie concurrentielle ou normale que Freud étudie au début de ce texte porte en elle tous les ingrédients d'une problématique névrotique. Elle s'enracine dans l'inconscient, garde son imprégnation de sexualité infantile et reste en continuité avec le complexe d'œdipe toujours empreint de bisexualité. Projetée ou délirante, elle glisse immédiatement dans le registre de la paranoïa. Le jaloux comme le paranoïaque décodent l'inconscient de leur partenaire avec cette acuité qui provient du reflet de leurs propres sentiments d'amour ou d'hostilité, saturés d'ambivalence. Les motions homosexuelles refoulées qui sous-tendent la jalousie et la paranoïa ne sont plus seulement en lien avec une identification maternelle, et peuvent relever d'une mutation des sentiments d'hostilité à l'égard d'un rival signifié comme tel par la mère dans la fratrie. Pour les deux lecteurs qui discutent, se disputent au sujet du texte de Freud dans le Duellum introductif dont l'intitulé est emprunté à Baudelaire, une question demeure, qui donne son titre au fascicule : au fait, quel est donc l'objet de la jalousie ?
« La jalousie est une passion ravageuse et criminelle », écrit Jean-Bertrand Pontalis en exergue de son article « Pile et face ». La lecture du Maître de Ballantrae de Robert Louis Stevenson à laquelle il nous convie sous-tend son projet d'écriture dont il nous confie déjà le titre : « Frère du précédent », accompagné d'un petit fragment de son histoire et de son analyse. L'affrontement fratricide et destructeur ne cessera qu'avec la mort des protagonistes ; la lutte semble imprégnée d'une haine qui n'est peut-être que le feu d'une passion partagée