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Toujours « poussante », se poussant elle-même, la pulsion sexuelle demeure identique, immuable dans sa permanence. Pourtant, en poussant, elle modifie ce sur quoi elle travaille ; ce qu'elle peut changer, c'est ce qu'elle pousse, à commencer par ses objets, bien sûr, mais aussi son but, pourtant beaucoup moins labile. Ne serait-ce pas lui qui changerait d'abord, peut-être surtout, lorsque la vie parvient à son mitan, comme si elle ne laissait guère d'autre issue vivable à la pulsion ? C'est là sans doute ce qui singularise ce moment par rapport à d'autres, ce qui vient faire du « milieu de la vie » une période d'autant plus étrange qu'elle est plus ordinaire, qu'elle est donc plus largement méconnue. Et si on la méconnaît, ne serait-ce pas que quelque chose, dans l'inconscient, depuis bien longtemps, pressent que cette pulsion qui l'habite — que sa fonction « poussante », donc — s'amenuise ? Voire qu'elle commence à s'épuiser. Ce serait comme une idée entraperçue… Comme une hypothèse de pulsion de mort ?
Les anciens sages s'astreignaient à enseigner cette évidence que nous nous obstinons à méconnaître : à peine sommes-nous nés que déjà nous commençons à vieillir. Chaque nouvelle phase libidinale est certes une conquête, mais elle est aussi une perte car elle se fait aux dépens de l'auto-érotisme édénique des tout premiers âges. C'est déjà évident lors de la puberté, et l'œuvre de détérioration devient imparable à l'équinoxe de la vie, lorsque le travail psychique peut encore, doit encore chercher à ignorer, voire à dénier les temps du compte à rebours vers la mort. Ce psychisme ne saurait pourtant ignorer tout à fait ce que son corps sait au plus profond de sa chair. Dans celle-ci, bien évidemment, la pulsion pousse, encore et toujours, le moi s'efforçant de conserver, de perpétuer ses objets, et surtout les plus vulnérables, à commencer par les plus narcissiques.