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La sublimation est une fille de l'esprit éclairé. Née au temps des promesses de l'émancipation, elle fut ensuite gravement malmenée par l'histoire, et la psychanalyse dut tenir compte de ce terrible constat. Alors que tout dans sa première conception l'orientait dans le sens de l'affranchissement des contraintes pulsionnelles, alors qu'elle figurait, dans l'économie psychique, la mesure libidinale du projet culturel, la sublimation soudain révéla sa sombre accointance avec l'inhumanité de l'homme - ce à quoi les aspirations progressistes des Lumières n'avaient nullement préparé la pensée. Il y a donc comme une cassure dans l'évolution du concept. Une cassure à la mesure de la désillusion qui a frappé nos représentations de l'élévation humaine. Une cassure qui résiste à nos vœux d'homogénéiser le concept.
Son hétérogénéité fait donc de la sublimation un territoire semé d'embûches. Embûches théoriques dont le franchissement entre la première et la seconde topique n'est pas la moindre. Embûches pratiques auxquelles contribue la tendance à condenser le processus sublimatoire et le résultat qui en découle. Sur la ligne de crête où s'exerce son action, se mêlent et se combattent les destins privés du jeu pulsionnel et la fondation des fins sociales. Et, entre les deux, il faut suivre la piste tourmentée des partages civilisateurs.
Au nom de tous, je voudrais donc tout d'abord remercier Évelyne Sechaud d'avoir su nous entraîner dans les chemins accidentés d'une telle complexité.
De la richesse de la réflexion qu'elle nous propose aujourd'hui, la vigueur de la discussion qui vient de se dérouler témoigne amplement. Je n'ai ni l'intention ni la prétention de conclure. Les brèves remarques qui vont suivre sont guidées par le souhait de maintenir ce débat au plus vif, ce qui me paraît la meilleure manière d'honorer la consistance du travail d'Évelyne Sechaud.