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I / Jean-Louis Baldacci propose une lecture si fouillée de la sublimation freudienne qu'elle retrouve, par-delà les contradictions des énoncés, la cohérence profonde qui découle de la proximité de la préoccupation clinique chez Freud. Il aboutit ainsi à une reconstruction dont la complexité limpide dit pourquoi, en 1915, Freud n'a pas été en mesure d'écrire son essai sur la sublimation. Il est vrai que c'est une reconstruction qui prend en compte la suite de l'œuvre freudienne, les apports post-freudiens, et qui témoigne d'un travail de culture psychanalytique qui est bien du XXIe siècle.
Dès le début, il y a l'ambiguïté du « dès le début »: car ce « dès le début » évoque aussi bien une sublimation toujours déjà là en même temps qu'un processus sublimatoire au demeurant indéfini. La question de l'articulation structure/ histoire est posée.
II s'ensuit que la voie sublimatoire se présente selon deux lignes contrastées:
— D'une part, celle d'une trajectoire en ligne oblique (B. Chervet), tendue depuis le sexuel infantile jusqu'aux valeurs de l'idéal, en fonction d'un destin pulsionnel privilégié – destin rendu possible par les caractéristiques fondamentales de la pulsion sexuelle: mobilité, plasticité, déplaçabilité (transférabilité); destin requis aussi par la théorie pulsionnelle, dès lors qu'elle ne peut soutenir pour les pulsions non intégrées dans le primat du génital un devenir régi par les seuls registres du refoulement et de l'intégration dans le caractère (identifications). Il va de soi que la notion elle-même ambiguë de but de la pulsion se trouve de fait subvertie, qu'il y a télescopage entre la sublimation comme changement de but et la sublimation du but. La sublimation est un joker dans l'interférence du processus individuel et du processus culturel (Freud) en ce qu'elle échappe à une logique du simple dédommagement.