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Karl Popper placerait probablement notre théorie de la sublimation parmi les mauvaises théories. Elle va changer tout au long des textes de Freud, jusqu'à presque se renverser; elle est assez indéfinie pour que l'on puisse l'étendre à toute forme de représentation; elle balance enfin entre le lieu trop étroit de la métaphore chimique et celui trop large de la culture. Le terme est de plus imprégné d'une connotation de valeur comme le suggère la continuité sémantique sublimation-sublime.
Je vais citer à ce propos une petite phrase d'Einstein qui répondit, à un intervieweur qui lui demandait, ravi, comment il était arrivé à cette idée sublime de l'espace courbe: « Je n'y vois rien de sublime. Il s'agit simplement d'une grande quantité de calculs à faire. La seule différence entre vous et moi, c'est que je m'amuse à les faire. » Ça nous rappelle qu'un bon processus sublimatoire demande de tempérer l'idéalisation. Mais il nous signale surtout que ce processus est fonction du sujet et non pas de l'objet; et qu'il est, à la fin, question de plaisir et non pas de valeur.
Je pense que, si l'on désire maintenir ce concept, il faut l'envisager dans sa spécificité, en le différenciant aussi bien des catégories culturelles que des catégories psychanalytiques très générales, telles que la pensée du rêve, la symbolisation, la représentation, la réparation.
La sublimation fut posée, par Freud, comme un concept économique, neutre quant au champ des valeurs: une transformation d'état énergétique pas du tout supérieure, plutôt dans son sens littéral inférieure, « sub limine materiae », la matière étant ici charnelle: le corps sexuel désinvesti par la pulsion, qui va changer son but.
Mais c'est justement là le point où la métaphore chimique doit s'arrêter. Nous ne voyons pas de gaz dans l'analyse et le seul passage connu de l'état