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La pensée psychanalytique, qui avec raison estime que la sexualité est la force motrice de la vie psychique, nous a familiarisé avec l'idée que la sublimation est un phénomène exceptionnel qui caractérise les productions psychiques des artistes et des génies. Néanmoins, en examinant l'œuvre freudienne, on pourrait développer un point de vue différent. Bien que la sublimation ait été étudiée aussi dans la première topique, c'est dans les écrits postérieurs au tournant des années 1920 que nous trouvons des réflexions très intéressantes à ce propos. Déjà dans « Psychanalyse » et « Théorie de la libido » (1922 a), Freud avait mis les pulsions sociales, la tendresse entre parents et enfants, l'amitié et les liens sentimentaux dans le mariage parmi les pulsions sexuelles inhibées quant au but mais non sublimées, et dans la même année, dans « Le moi et le ça » , il avait affirmé que les pulsions sexuelles, ou Éros, englobent la pulsion sexuelle proprement dite, non inhibée, les motions sexuelles inhibées quant au but et sublimées qui en sont dérivées, mais aussi la pulsion d'autoconservation. Plus tard, dans l'Abrégé de psychanalyse (1938), il écrira qu'aussi dans la génitalisation des investissements libidinaux il y a une sublimation avec un déplacement de but. Ces citations que nous avons faites des écrits de Freud nous permettent de commencer à voir la sublimation comme un processus pas du tout exceptionnel mais plutôt comme une face du fonctionnement des pulsions de vie et donc des activités visées à la conservation de l'individu et de l'espèce. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si, dans « Pour introduire le narcissisme » (1914), Freud avait affirmé que dans la sublimation il y a un changement d'objet et une désexualisation, et nous savons que le premier produit de ce processus est la transformation de la libido d'objet en libido du moi et, par