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Le rapport d'Évelyne Sechaud analyse le trajet qui va de la perte à la sublimation. Elle cite, entre autres, André Green: « Le travail de l'écriture présuppose une plaie et une perte, une blessure et un deuil, dont l'œuvre sera la transformation visant à les recouvrir par la positivité fictive de l'œuvre. »1 Les catastrophes collectives de l'histoire récente nous confrontent à des pertes extrêmes; des enfants très jeunes furent séparés de leurs parents, plongés dans un monde apocalyptique. L'œuvre d'Aharon Appelfeld montre que, dans ce cas, le parcours qui va de la perte à la sublimation - ou, en l'occurrence, à la création littéraire - suit alors un tracé particulier. Pour Appelfeld, écrivain israélien que nous sommes nombreux à avoir découvert récemment en France, en partie grâce à Philippe Roth2, il ne s'agissait pas seulement de surmonter une douleur, il lui fallait aussi inventer une cohérence, retrouver peut-être la trace de la douleur dans l'anarchie des morceaux de souvenirs. Sa démarche créatrice, allant de la poésie à la fiction, de la fiction à l'autobiographie, possède une singularité que nous nous efforcerons de cerner ici.
Notre expérience de la vie nous permet de comprendre la souffrance de celui qui a perdu un proche; mais comment imaginer ou concevoir ce qu'a vécu Appelfeld quand il était enfant?
Appelfeld est né en 1932 dans une famille unie et aisée à Czernowitz, en Bucovine, province de l'Empire austro-hongrois rattachée à la Roumanie au lendemain de la Première Guerre mondiale. À l'âge de 7 ans, il est plongé dans l'horreur. Sa mère est assassinée; son père et lui, après avoir été enfermés dans