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« Le transfert crée ainsi un royaume intermédiaire entre la maladie et la vie, à travers lequel s'effectue le passage de la première à la seconde. »
Frédéric m'adressait une lettre, quelques heures avant de mourir d'un accident cardiaque. Je la recevais deux jours plus tard, peu après l'appel téléphonique de sa femme qui m'annonçait son décès.
Au cours de la nuit… Pendant tout le mois j'ai eu, presque constamment, beaucoup de mal à respirer. Jeudi a été une journée sans répit. Vers 3 heures du matin, je me suis endormi. Dans mon rêve, je vois distinctement, comme si j'étais en dehors de lui, mon corps s'affaler – pris d'un malaise ? – sur ma femme étendue à côté de moi. Je vois mon corps et je suis à l'intérieur de mon corps dont je ressens intimement le malaise. Je sais que je suis en train de mourir. Je veux crier au secours mais je n'y arrive pas. Les sons n'arrivent pas à sortir de ma gorge. Ma volonté s'exaspère en panique étouffée. La sensation est effroyablement pénible. Je redouble d'efforts pour propulser, hors de ma bouche, un « au secours » nécessaire à ma survie. Enfin, je prononce une première fois l'expression « au secours ». Puis une nouvelle fois, plus clairement, je crie « au secours ». Je me réveille.
Cette lettre était la cent cinquantième, environ, envoyée par Frédéric depuis le début de notre travail commun. Il m'était adressé par un collègue parisien qui, au téléphone, insistait sur sa grande souffrance. Je recevais quelques semaines plus tard un homme distingué, cultivé, mais ravagé. Il refusait d'entreprendre un travail psychanalytique à Paris où, disait-il, il connaissait trop de monde. Dans un premier temps, débordé en miroir par l'ampleur de sa souffrance, je tentai de le convaincre de trouver un analyste plus proche de la région parisienne. Il refusait fermement. Son activité professionnelle lui permettait de prendre le TGV aussi souvent que nécessaire. Si le TGV était en grève, il annonçait, dès la première rencontre, qu'il v